Fashion Show FW2627
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Deux grammaires se rencontrent : la solidité des formes inspirées du vêtement de campagne, le vert loden, les fermetures précises, les coupes structurées, et la grâce de la sous-robe, le rose, le tabac, les transparences. C’est la même femme, vue sous des perspectives différentes. Celle qui porte un manteau militaire tandis qu’en dessous elle cache une autre histoire, plus intime et moins déchiffrable. Les boxers masculins en organza transparent. Le car-coat qui semble sculpté dans la maille et qui, pourtant, est soutenu à l’intérieur par un voile de dentelle. La pashmina qui ne pèse rien et dessine pourtant une veste construite comme une chemise. Même le denim porte en lui une mémoire différente : son tissage reprend la structure du tweed donegal, les points de lumière irréguliers, le poids visuel de la laine, traité comme un tissu noble, coupé avec la même précision que les manteaux, ouvert sur des intérieurs de soie et de dentelle.
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Il y a ensuite une troisième voix, plus silencieuse : celle d’une élégance qui appartient aux maisons d’autrefois, aux tiroirs parfumés, aux gestes lents. Le vison textile aux poignets du peacoat en astrakan. Le léopard sur la sous-robe. Le chiffon rose corail bordé de dentelle couleur paille. La robe du soir qui porte gravé à sa surface le souvenir d’un bouquet. Cette saison encore, Ermanno Scervino travaille les tissus comme un alchimiste : les fourrures sont assemblées en marqueterie en relief, le double devient « plume » dans des manteaux construits mais d’une extrême légèreté ; ce qui paraît massif est, en réalité, aérien. Les volumes oscillent entre une retenue affirmée et une légèreté insaisissable, comme certains états d’âme qui ne se laissent pas définir. Deux mondes habitent le même tissu. La même surface qui résiste et se laisse traverser. La même silhouette qui occupe l’espace tout en se dissolvant.
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Scervino ne célèbre pas l’uniforme : il l’habite de l’intérieur, le transforme, le subvertit avec le même soin que celui apporté à la coupe d’une robe de haute couture. Les riding-coats et les capes construisent un volume précis, contrôlé, jusqu’à ce que l’organza ou le macramé d’or ponctué de cristaux commence à s’échapper des fentes et que les jupes, gonflées par des centaines de nervures, s’ouvrent avec une ampleur soudaine. La rigueur n’est pas abandonnée : elle est simplement surprise par quelque chose qui ne se laisse pas contenir. Comme dans Sacumdì Sacumdà, chantée par Mina, qui ouvre le défilé et évoque le mouvement imprévisible des jupes pendant la danse. Le sac Amanda, souple, en forme de seau inversé, et la pochette Fiocco se parent de coco imprimé tabac et vert loden, de python bicolore, d’astrakan noir, et se couvrent de paillettes. Dans les mêmes matières : le mocassin froncé, la mule ornée d’un nœud en satin et le texan qui perd sa tige pour devenir une chaussure basse et pointue. Et puis le sac filet porté au bras, comme celle qui fait ses courses dans ses lieux familiers et n’a pas encore terminé.
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